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La grande époque du cannabis : le XIXe siècle

Au XIXe siècle, longtemps après les premières observations qui avaient été faites dès l’Antiquité, les scientifiques s’attachent à décrire précisément l’intoxication si caractéristique produite par l’ingestion de la résine de cannabis.

La plante est alors confirmée d’intérêt médical bien que jusqu’alors, dénuée de toute restriction légale, elle était largement utilisée à des fins récréatives.

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Willem Stellink, Les fumeurs, fin XIXe siècle (copie d’après Adriaen Brouwer).

On considère que le tableau représente l’artiste Adriaen Brouwer avec ses amis.

C’est la conclusion d’une étude archéologique très sérieuse, qui estime que le cannabis (ainsi que d’autres plantes tel que les épices) serait à la base de la culture occidentale du commerce. En effet, l’étude relie intensification de la culture du cannabis en Asie de l’Est et montée des échanges commerciaux avec l’Europe, il y a environ 5000 ans, soit en -3.000 av. J.-C. !

Sommaire

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De la culture ancestrale du chanvre aux applications thérapeutiques et récréatives contemporaines

De la culture ancestrale du chanvre aux applications thérapeutiques et récréatives contemporaines

Très vite, le chanvre fût cultivé pour la fabrication de vêtements. Les peuples anciens asiatiques remplacèrent leurs peaux d’animaux par des tissus de chanvres.

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Au début, le tissu de chanvre était porté seulement par les plus prospères, mais quand la soie est devenue disponible, le chanvre a habillé les masses populaires. Enfin, le chanvre permis la fabrication d’une multitude de produits dérivés tel que filets de pêches ou de chasse, cordages, cordes, voiles de bateaux, papier, etc, etc…

Le chanvre devient rapidement une plante très prisée pour sa précieuse fibre longue, solide et durable face aux éléments.
Cette fibre est répartie sur l’enveloppe extérieure de la plante. Pour info, la moelle de la tige de chanvre est ce que l’on appelle chènevotte (cf. photo 1).

On comprend mieux pourquoi le chanvre est au centre des premiers échanges commerciaux entre l’Europe et l’Asie comme le développe l’article de Newscientist (en anglais).

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Photo 1. Tige de chanvre découpée. Les fibres à l’extérieur, la moelle (ou chènevotte) à l’intérieur.

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Photo 2. Valeurs nutritives graines de cannabis : 32 % de glucides dont 83 % de fibres, 32 % de lipides et 23 % de protéines, sources des 8 acides aminés essentiels.

Les peuple en Asie et notamment les Chinois se sont ensuite appuyés sur les graines de cannabis pour une utilisation alimentaire.
Les graines de cannabis, également appelées « chènevis« , furent utilisées pour leurs propriétés nutritives idéales tant pour l’homme que pour l’animal (cf. Photo 2).

Les graines de cannabis étaient l’une des premières graines, avec le riz, l’orge, le millet et le soja, cultivées et consommées dans le cadre d’une alimentation.
Les graines étaient broyées en farine, ou torréfiées, ou cuites dans la bouillie. Certains la consommaient en huile ou directement telle quelle.

C’est peut-être à partir de ce moment là que les effets des feuilles et des fleurs résineuses du cannabis ne sont pas passés inaperçus. En effet, en Chine, le Pen-ts’ao Ching (Traité des herbes médicinales), la plus ancienne encyclopédie recensant les plantes à usage thérapeutiques connue, affirme que les fruits du chanvre, «s’ils sont pris en excès produiront des hallucinations» (littéralement «voir des démons»). La pharmacopée dit aussi : «Si on les prend à long terme, on communique avec les esprits et on allège le corps». En Chine, l’usage médical du cannabis n’a pourtant jamais atteint l’importance que celui-ci a eu en Inde.

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Extraits du « Pen Ts’ao Ching », première encyclopédie chinoise et du Monde d’herbes médicinales. Recueil recensant le cannabis pour ses vertus thérapeutiques contre les douleurs rhumatismales, constipation intestinale, les troubles du système reproducteur féminin, le paludisme et d’autres vertus anesthésiantes.

Si les anciens Chinois ont appris à utiliser pratiquement toutes les parties de la plante de cannabis, c’est plus en Inde que la consommation de cannabis a été largement diffusée, à la fois comme médicament et comme drogue récréative. Cette large utilisation peut être due au fait que le cannabis a maintenu une association étroite avec la religion qui attribuait des vertus sacrées à la plante durant l’Antiquité.

Les conséquences de la campagne d’Egypte

Dès XIIIe siècle, le haschisch fut connu en Égypte. Le pays vivait alors une période très sombre tant sur le plan économique que sur le plan social. La tyrannie des Mamelouks puis la domination ottomane conduisirent le pays à la ruine.

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Représentation de guerriers Scythes : peuples indo-européens d’Eurasie en grande partie nomade et parlant des langues iraniennes. Ils commerçaient entre eux et avec tous les peuples qui les entouraient (notamment les Grecs).

Lors de l’expédition d’Égypte, un indigène agressa au couteau Bonaparte sous l’effet d’une ivresse cannabique. Le 8 octobre 1802, ce dernier décréta alors : « L’usage de la liqueur forte faite par quelques musulmans avec une herbe nommée haschisch ainsi que celui de fumer la graine de chanvre sont prohibés dans toute l’Égypte. »

Ce décret, visait en fait à limiter la consommation de la résine par les soldats de l’empereur français. Le but était bien sûr de protéger les troupes afin qu’elles conservent toutes leurs facultés militaires sur les terrains de combat.

Les soldats, comme les médecins, firent fi du fameux décret et s’intéressèrent, à l’occasion de cette campagne égyptienne, à la résine de cannabis qu’ils ramenèrent en France. De nouveaux horizons thérapeutiques s’ouvraient aux propriétés de la plante.

Le cannabis ? Une nouvelle panacée au XIXe siècle ?

De retour d’Égypte, Louis Aubert-Roche (1810-1874) préconisa le recours au haschisch pour soigner diverses maladies contagieuses.

Joseph Moreau de Tours (1804-1884), psychiatre à l’hôpital Bicêtre, testa la drogue en 1837.
Il y vit : « dans l’action de cette substance sur les facultés morales un moyen puissant, unique, d’exploration en matière de pathologie mentale ».
Pour lui, le cannabis est une occasion qui génère chez l’homme un état chronique aussi proche que possible de la folie naturelle et donc d’étudier cette maladie.
En 1845, il publia la première étude des effets physiques et psychiques de la consommation de cannabis dans son ouvrage Du haschisch et de l’aliénation mentale.

Moreau de Tours recommande l’ingestion de cannabis sous une forme de pâte (qu’il mêle à d’autres aliments tel que pistache, miel, appelé aussi Dawamesk) pour traiter l’ensemble des troubles mentaux. Cependant, la majorité de ses collègues trouvèrent que le remède manqué de pertinence thérapeutique. Moreau de Tours se retrouva esseulé dans son analyse.

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Recueil pratique où figure les concoctions du Dr Moreau de Tours – 1846

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Hasan-i Sabbâh promettait femmes et haschisch à ses « Assassins ». XIe siècle.

Parallèlement, une enquête diligentée par les Anglais en Inde (1894) montrant que des quantités fortes du cannabis pouvaient générer des troubles mentaux et que, a contrario, de faibles quantités ne posaient pas de problèmes de santé.

Dans la réalisation de nombreuses concoctions pharmaceutiques, le cannabis fut largement mis à profit par les pays occidentaux.

Vers la fin du XIXe siècle, le cannabis était tellement répandu et banalisé, que certains en firent un bonbon. Mélangé à du sucre d’érable et de la résine de cannabis, l’entreprise Ganjah Wallah Hasheesh Candy Company les commercialisa dès 1860.

Le Club des haschischins

Au XIXe siècle, des soirées entièrement vouées à la consommation du cannabis furent organisées par les médecins Louis Aubert-Roche et Joseph Moreau de Tours.

Le lieu de rendez-vous se tenait dans l’appartement du peintre Fernand Boissard de Boisdenier. Sous la houlette et avec leur complicité, moyennant une petite participation financière, il était de bon ton de s’initier à l’enivrant haschisch.

Ainsi, se retrouvèrent, une pléiade de poètes, écrivains peintres et autre artistes parisiens. Théophile Gautier fut d’ailleurs un des premiers invités de Boissard (il relata son expérience le 10 juillet 1843 dans La Presse sous le titre éponyme Le Haschisch).

Tous couraient ce rendez-vous avec régularité. Daumier, Nerval, Delacroix, venaient-y déguster avec précaution le Dawamesk.

Seul firent exceptions à ce regroupement d’artistes, Balzac (dont l’expérience ne fut pas un succès) et Baudelaire qui préférait l’opium et l’alcool.

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Réplique de la Santa Maria.
Parmi les cadeaux que Christophe Colomb offre aux Indiens, on y trouve des graines et des vêtements de chanvre.

Théophile Gautier, publia en 1846, un conte « Le Club des Hashischins » qui donna son nom dès lors aux membres des soirées. Dans le même temps, les médecins observaient et consignaient la description de leur préparation, les dosages mais surtout les effets sur ces utilisateurs mondains dont l’imagination semblait bien plus débordante et riche que la psychoactivité du cannabis.

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Le cannabis ruderalis fût nommé ainsi en 1924 par le botaniste russe Janischevsky.

A ce sujet, Claude Olievenstein (1933-2008), médecin français souligna : « le pouvoir hallucinogène du haschisch, malgré les extraordinaires descriptions de Baudelaire et de Théophile Gautier, semblent avoir été considérablement exagéré, du moins aux doses utilisées par les consommateurs occidentaux » (la drogue, Paris, éditions universitaires, 1970).

Côté anglais, pour traiter son alcoolisme Edgar Allan Poe (1809-1849), utilisa du cannabis du haschisch.

Peu à peu, la tendance à l’orientalisme fut en vogue de 1850 à 1900 et vit se multiplier des « salons turcs » ou « fumerie turques » aussi bien en Europe qu’aux États-Unis. En 1880, la seule ville de New York, comptait plus de 500 salons dits « haschich-parlor » où l’on consommait du cannabis.

En 1920, date des prémices de la Prohibition (je parle ici de la Prohibition d’alcool (1919-1933), il en existait encore tout autant.

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