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Le cannabis du Moyen-Âge à la Renaissance

Pour mémoire, le Moyen Âge détermine une période de l’histoire de l’Europe qui se situe entre le Ve siècle au XVe siècle. Pour mieux situer la période, celle-ci débute avec le déclin de l’Empire romain d’Occident que l’on situe vers 476 et se termine par la Renaissance au XVe siècle. Le Moyen Âge est synonyme d’un repli sur soi, d’un recul social, par rapport à l’organisation romaine.

Une longue période d’obscurantisme frappa la science médicale occidentale au Moyen Âge. Tout ce qui avait été appris de l’Antiquité sur les plantes médicinales jusqu’alors, fût considéré comme hérésie, sorcellerie ou charlatanisme dans le meilleur des cas.

A contrario, ce sont les sociétés musulmanes qui, à la même période, consacrèrent l’emploi du cannabis pour remplacer l’alcool interdit par le coran mais également riche de vertus et d’enseignements thérapeutiques. En effet, en 610-620, sous l’impulsion de Mahomet, une nouvelle religion appelée « islam » vit le jour. Les tribus arabes l’adoptèrent et, sous sa bannière, s’unifièrent entre elles.

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Carte des conquêtes arabes, de l’expansion de l’islam et de la diffusion du cannabis.
Le rouge sombre indique les conquêtes de 622 à 632, l’orange celles de 632 à 661 et le jaune celles de 661 à 750.
Pour la corne d’Afrique et l’Afrique noire, la diffusion du cannabis se fera au XIIIe siècle.

Avec les invasions arabes, l’usage du cannabis se répandit. Les Arabes annexèrent la Perse entre 637 et 641, puis chassèrent les Byzantins (de l’Empire Byzantin – ex empire romain d’Orient dont la capitale était Constantinople originellement Byzance et actuellement Istanbul) du Levant (actuel : Palestine, Syrie, Jordanie, Liban, Israêl) en 634-635 et de l’Égypte en 640-641.
L’Afrique du Nord fût envahie à la fin du VIIe siècle et la péninsule ibérique qu’ils appelèrent Al-Andalus dans les années 710.

Au milieu du VIIIe siècle, avec l’échec du siège de Constantinople en 718 et la défaite face aux Francs à Poitiers en 732, l’expansion musulmane en Europe cessa. Le cannabis s’était établi partout où les Arabes passèrent.

Au XIIIe siècle, l’histoire du cannabis suit son cours et les pays de la corne d’Afrique commence à se l’approprier. Par ricochet, les pays d’Afrique Noire apprendront la connaissance du chanvre.

Sommaire

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L’inexorable progression du cannabis au Moyen-Âge malgré la répression

L’inexorable progression du cannabis au Moyen-Âge malgré la répression

Herbe diabolique, oeuvre de Satan, sorcellerie,… L’inquisition espagnole n’avait que trop de mots pour qualifier le cannabis. Cependant malgré toutes les mesures répressives mises en place, aucunes ne réduisirent son utilisation.

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Dès le XIIe siècle, constatant très certainement que plante hallucinogène (type Mandragore, Jusquiame noire, Datura…) mélangée à du cannabis furent les éléments principaux de concoctions de sorcellerie, l’Eglise interdit le chanvre.

Au XIVe siècle, en 1378, l’utilisation du chanvre fut également interdite en Égypte mais, en vain, puisque l’émir Soudoun Sheikouni n’eut que très peu de résultats. La sanction d’avoir les dents arrachées pour consommation était particulièrement dissuasive pourtant rien à faire.
Cette interdiction avait pour but de protéger les plus pauvres qui ingéraient la marijuana à même le pied (elle poussait comme le chiendent !), sans limite, jusqu’à s’assommer. Voyant les forces vives décliner, il pris cette mesure. Peine perdue. C’est la première interdiction liée au cannabis connu dans le monde musulman. En 1393, l’utilisation de la substance sur le territoire avait encore augmentée.

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A l’époque, le moyen de consommer la marijuana était de la manger. On compactait les feuilles et, un peu à la manière de la dégustation d’une salade, on consommait. Tout le procédé pour fumer l’herbe n’était encore que peu répandu (rituels) et à l’époque, on allait à l’essentiel…

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Représentation d’une feuille de cannabis dans le fameux Ortus sanitatis de herbis et plantis ? Source non confirmée.

Parallèlement, le cannabis va retrouver un petit peu de son lustre pour ses propriétés thérapeutiques grâce aux esprits scientifiques (et il devait y en avoir peu puisqu’à contre-courant de l’inquisition).
D’abord dans les planches de l’herbier Ortus sanitatis de herbis et plantis en (1517) où le cannabis est parfaitement dessiné et représenté.

Puis, par Garcia da Orta en 1563, médecin portugais (1500-1568), où il fut décrit scientifiquement alors qu’il exerçait en Inde, à Goa (à l’époque colonie portugaise). Certainement, au contact, des autochtones, il vit l’utilisation thérapeutique qui pouvait être faite du cannabis.

Les premiers esprits littéraires, précurseurs de la Renaissance, se penchent également sur les vertus du cannabis et parmi eux, l’un des plus illustre.

Ainsi au début du XVIe siècle, sous la dénomination de Pantagruélion dans son Tiers Livre, François Rabelais (1494-1553) évoqua la plante. L’auteur de Gargantua, médecin de son état, précisa que l’herbe, pouvait soigner plaies et brûlures, crampes et rhumatismes. Il déclara aussi, tout en subtilité, que le chanvre permit aux hommes de « non seulement de se joindre par-delà les mers, mais aussi de tenter l’escalade des cieux » – allusion aux cordages des navires en chanvre ou… aux propriétés psychoactives du cannabis ? Nul ne le sera jamais.

L’histoire de la secte des « haschichins »

Au XIIIe siècle, le terme d’« assassin » était déjà utilisé en Europe. Il n’avait pas la même signification que celle dont nous l’entendons aujourd’hui. A l’époque un « assassin » était un « tueur d’élite », un tueur à gages, qui se faisait payer pour assassiner quelqu’un.

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Représentation de guerriers de la secte des haschischins. Aujourd’hui encore, l’héritage de l’esprit de la secte est toujours présent et vivant dans une certaine partie de l’Islam.
Le fanatisme, le sacrifice, le fait de mourir en martyr, tient à la tradition chiite du sacrifice et, plus précisément, à l’héritage de l’invention du terrorisme par la secte ismaélienne des haschischins au XIe siècle.

Aujourd’hui, le terme « Assassin », désigne un meurtrier qui tue avec préméditation par fanatisme ou crapuleusement mais restons sur l’ancien terme.

Pour la petite histoire comme pour la grande, le terme « assassin » a été relevé, pour la première fois, dans les récits des Croisades. En fait, pour les Croisés, le terme désignait un membre d’une secte musulmane réputée pour sa cruauté : « la secte des haschischins ».

Fondée au XIe siècle par Hassan ibn al-Sabbah ou Hassan i Sabbah, surnommé le « Vieux de la montagne » (1050-1124), la légende voudrait que de nombreux jeunes guerriers lui obéissent, corps et âmes, aveuglement et sans contestations possibles.
Depuis sa forteresse d’Almout, qu’il rachète pour 3.000 dinars or en 1090, il fonde une troupe d’élite d’assassins fanatisés afin d’abattre les gouvernants sunnites usurpateurs (ou autre) aux responsabilités ou non, en tout cas, opposant à la secte. Il cherche à imposer le courant ismaélien de l’islam (courant minoritaire de l’islam chiite).

Ces guerriers appelés les « fedayins » littéralement « ceux qui se sacrifient » avaient pour habitude de consommer un breuvage secret contenant une base d’opium, d’hallucinogènes et de cannabis. Il semblerait que cela ne soit cependant pas la réalité et que le lavage de cerveau des madrasas (établissements d’enseignement islamique), les conflits en cours et les camps d’entraînement provoquent le fanatisme sans autre drogue que l’idéologie.

Pour Hassan Sabbah, les meurtres de ses opposants avaient pour objectif la recherche d’une déstabilisation politique : éliminer les adversaires de la secte et de la philosophie de Hassan Sabbah, désorganiser l’État et paralyser celui-ci par des problèmes de succession.

Pour les Chiites, la souffrance et la mort sont des valeurs suprêmes et la secte gagne rapidement en notoriété et en prestige. Les martyrs sont promis, une fois leur crime commis, à se reposer dans un jardin aux plantes colorées et parfumées, irrigué de nombreuses sources d’eau fraîche, où se mêlent les femmes les plus sublimes : les houris, soumises à leurs plaisirs aussi diverses que variés pour l’éternité.

La fameuse forteresse d’Alamut en Perse dit le « nid d’aigles », située dans les montagnes du nord de l’actuel Iran (reproduction).

Sabbah avait pour maxime : « Rien n’est vrai, tout est permis »

Parmi leurs victimes de hauts dignitaires de toute l’Asie musulmane : califes, vizirs… et des croisés.

Le fanatisme des soldats et les légendes véhiculées sur la Route de la Soie frappèrent de terreur les Rois de l’Europe de l’ouest.

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La forteresse est rasée, seul subsiste encore aujourd’hui les fondations des murs et remparts périphériques. Au loin, les montagnes de l’Elbourz.

Saint-Louis ou Louis IX de France (1214-1270), aurait été intéressé pour faire appel à leurs services. Pourtant, il faillit lui-même se faire tuer de leurs mains puisqu’il s’agissait de lutter contre les croisés. Les templiers réussirent à exercer un relatif pouvoir diplomatique sur la secte du défunt Hassan Sabbah échangeant des présents avec des ambassadeurs de l’ordre des assassins. A contrario, afin de lutter contre l’invasion mongole, il est possible qu’une délégation de la secte vint en Europe demander de l’aide aux armées françaises et anglaises (1235-1240).

« La secte des haschischins » perdura quasiment 125 ans après le décès de son chef créateur. Ce sont les troupes Mongols et plus précisément l’armée d’Houlagou Khan qui déferlait sur l’Iran qui mirent un terme à l’influence de la secte du « Vieux de la montagne » en l’an 1256 qui se rendit sans combattre.

Marco Polo (1254-1324), le célèbre voyageur vénitien, décrivit la forteresse d’Alamut lors d’une visite en 1273. Celle-ci ruinée par le passage de l’armée mongole, comprenait encore, en son sein, quelques guerriers dénommé « haschichiyoun » mais cela semble improbable la forteresse ayant été rasée.

Du haschisch à l’assassin

L’origine du terme « assassin » proviendrait-elle de la fameuse « secte des haschischins » ? Y-a-t-il un fil conducteur, une racine commune entre haschisch, haschischin et assassin ? Rien n’est moins sûr.

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La philosophie d’Hassan Sabbah pour la conquête du pouvoir : « Nous tuons un homme, nous en terrorisons cent mille. Cependant, il ne suffit pas d’exécuter et de terroriser, il faut aussi savoir mourir, car si en tuant nous décourageons nos ennemis d’entreprendre quoi que ce soit contre nous, en mourant de la façon la plus courageuse, nous forçons l’admiration de la foule…
Vous n’êtes pas faits pour ce monde, mais pour l’autre. »

« Hachîch » en arabe signifie au sens premier « herbe sèche ou fourrage ». Le même terme est utilisé pour désigner le cannabis mais dans un sens second.

Pour certains historiens, dont Antoine-Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838), il ne fait aucun doute du lien de causalité entre la consommation de hachîch dont faisait preuve les soldats de la secte de Sabbah et leur appellation : les hachîchî, le terme arabe pour désigner les Assassins.

Pour Bernard Lewis (1916- ), historien spécialiste du Moyen-Orient, cette corrélation serait fausse. En effet, il précise que, d’une part, le haschisch et ses propriétés psychotropiques étaient déjà connus depuis longtemps au Moyen-Orient et que, d’autre part, l’utilisation du cannabis par la « secte des haschischins » n’a jamais été rapporté par un écrivain arabe.

Quoiqu’il en soit, même si l’on arrive pas à déterminer avec exactitude l’origine floue du mot Assassin, il semblerait que son utilisation, en France, remonte au XVIe siècle et provienne de l’italien « Assassino » qui lui même l’aurait emprunté à l’arabe (hachachin) au XIIIe siècle.

On retrouve cependant la même signification, en France comme en Italie : le terme désigne toute personne payée afin de commettre un meurtre. Bien qu’en Italie, le terme désignait à ces débuts « un chef musulman combattant les chrétiens ». Les racines du mot « Assassin » restent donc ouvertes et ne sont toujours pas vérifiées ou vérifiables. A suivre…

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