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Le cannabis de l’époque moderne à la Révolution (1789)

La période de l’époque moderne, également appelée – les temps modernes – démarre de la fin du Moyen-Âge fin XVe siècle jusqu’à la Révolution française. Plus précisément, on considère que la période démarre vers 1492 et la découverte des Amériques par Christophe Colomb jusqu’à 1789.
On parle d’époque moderne parce que triomphe des valeurs de modernité : la communication, le progrès et la raison sur le Moyen-Âge (repli sur soi, féodalité et obscurantisme).

Avec la découverte du Nouveau Monde, de nouvelles voies maritimes s’ouvrent. Avec l’intensification des échanges commerciaux, l’Occident (re)découvre les fibres du chanvre pour la construction des navires dès le XVIe siècle.

Les Espagnols et les Portugais ayant pris une longueur d’avance, le cannabis devient un matériau stratégique. Essentiellement utilisé de fabriquer cordages et voiles pour la marine, au XVIIe siècle il est cultivé également en Amérique latine afin de répondre à la construction, toujours plus nombreuses, de navires. La culture du cannabis va de pair avec la colonisation européenne. Des traces de champs de chanvre sont retrouvés au Chili dès 1619.

Au XVIIe et XVIIIe siècle, la culture du cannabis s’intensifie encore avec le développement du commerce triangulaire. Le Brésil en devient un important producteur.

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Le chanvre est un matériau prisé pour sa fibre ultra résistante, sa facilité de culture et son prix modique. 84 tonnes de cordages en chanvre sont nécessaires pour un vaisseau de 74 canons (ce qui représente une longueur de 51m.).

Pour illustrer notre propos, la photo présente une réplique fidèle de l’ « Hermione », célèbre navire de guerre français en service en 1779. Ce fût à bord de la « frégate de la Liberté » qu’embarqua le marquis de La Fayette en 1780 pour rejoindre la rébellion américaine en lutte contre la Grande-Bretagne pour l’indépendance des (futurs) États-Unis.

Ainsi, rien qu’en Europe, la production de cannabis s’élevait à plusieurs dizaines de milliers de tonnes chaque année.

Sommaire

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La culture du cannabis à l’Âge classique et au siècle des lumières

La culture du cannabis à l’Âge classique et au siècle des lumières

Le chanvre devient rapidement très recherché et au centre de manoeuvre géopolitique. En Angleterre, sous le règne des d’Élisabet I (1533-1603), il faut payer une taxe si l’on refuse de cultiver le chanvre.

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L’incitation des gouvernants pour cette culture est tellement forte, que les étrangers acceptants de cultiver se voient attribuer immédiatement la nationalité anglaise.

En Amérique du Nord, la situation est identique… A tel point qu’en Virginie au XVIIe siècle, toute personne refusant de produire du chanvre pouvait se voir infliger une peine de prison.

En France aussi le chanvre est considéré comme une matière agricole de premier ordre. Le produit était si précieux qu’il était interdit de l’importer vers l’Allemagne et la Suisse suivant un décret de 1802.

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Photo 1. Tige de chanvre découpée. Les fibres à l’extérieur, la moelle (ou chènevotte) à l’intérieur.

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Photo 2. Valeurs nutritives graines de cannabis : 32 % de glucides dont 83 % de fibres, 32 % de lipides et 23 % de protéines, sources des 8 acides aminés essentiels.

Alexandre Ier, se voit contraint par Napoléon de ne plus commercer de chanvre avec l’Angleterre mais celui-ci passe outre l’embargo. Napoléon lui déclare alors la guerre. Napoléon pensait achever alors le blocus maritime imposé par l’Angleterre.

Karl von Linné (1707-1778), taxinomiste suédois va donner au cannabis son nom scientifique actuel en 1753 : Cannabis Sativa (on trouve aussi la dénomination cannabis sativa L. ce qui signifie cannabis cultivé et L. en hommage à Linné. Il s’agit du cannabis utile à la fabrication de fibres textiles. il ne reconnut cependant qu’une seule espèce de plantes.

Dans sa grande Encyclopédie Botanique, le Français Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) décrit ce qu’il estime alors être notre espèce : le cannabis indica ou « chanvre indien ».

STOP STOP STOP

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Extraits du « Pen Ts’ao Ching », première encyclopédie chinoise et du Monde d’herbes médicinales. Recueil recensant le cannabis pour ses vertus thérapeutiques contre les douleurs rhumatismales, constipation intestinale, les troubles du système reproducteur féminin, le paludisme et d’autres vertus anesthésiantes.

Si les anciens Chinois ont appris à utiliser pratiquement toutes les parties de la plante de cannabis, c’est plus en Inde que la consommation de cannabis a été largement diffusée, à la fois comme médicament et comme drogue récréative. Cette large utilisation peut être due au fait que le cannabis a maintenu une association étroite avec la religion qui attribuait des vertus sacrées à la plante durant l’Antiquité.

Le cannabis dans l’Antiquité

L’Antiquité est la période de l’Histoire qui vient après la préhistoire. Elle précède le Moyen-Âge. Suivant une approche dite « eurocentriste » (antiquité gréco-romaine), l’Antiquité commence au IVe millénaire av. J.-C. (-3500 av. J.-C. / -3000 av. J.-C.) et voit sa fin durant les grandes invasions eurasiennes autour du Ve siècle (300 à 600).

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Représentation de guerriers Scythes : peuples indo-européens d’Eurasie en grande partie nomade et parlant des langues iraniennes. Ils commerçaient entre eux et avec tous les peuples qui les entouraient (notamment les Grecs).

Grâce aux tribus errantes qui avaient sillonnés la Chine depuis l’époque néolithique (le néolithique est la dernière des périodes préhistoriques juste avant l’Antiquité), le commerce prospéra.

Ainsi, Aryens et Scythes, respectivement en Inde et en Europe, répandirent le cannabis. En effet, on échangeait coton de l’Inde et lin de la méditerranée contre du chanvre d’Asie.

Avec l’expansion du commerce, les Aryens (indo-Persans) apporte la culture du cannabis à l’Inde entre -2000 / -1000 av. J.-C.. Au cours des rituels religieux indiens, la marijuana joue un rôle très actif leur permettant de rentrer en contact avec les « esprits » hindous.

De l’Inde, le cannabis s’étend au Moyen-Orient et en Egypte, où il est mentionné sur des papyrus de l’époque pharaonique (-1550 av. J.-C.).

Quand aux Scythes, groupe nomade indo-européens, ils apportent le cannabis à l’Europe via une route du nord menant à L’est de la Russie et l’Ukraine. Les tribus scythes et/ou germaniques le ramenèrent par la suite en Allemagne.

En l’an -450 avant J.-C., Hérodote (né vers -484 av J.-C. ,est un historien et géographe grec) décrit une cérémonie funéraire scythe. Il relate qu’à des fins rituelles et euphoriques, les Scythes inhalaient des vapeurs obtenues à partir de la combustion des graines de cannabis.

Cette description de l’Histoire du cannabis pendant l’Antiquité a été confirmé plus tard par les archéologues. En effet, ceux-ci trouvèrent des graines de cannabis carbonisées dans des tombes scythes en Sibérie et en Allemagne.

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Les Romains et les Grecs connaissaient le chanvre par le biais des échanges avec les Egyptiens. Ceux-ci leurs transmirent l’usage. Ils apprirent alors à fabriquer cordes, tissus et voiles de bateaux. Ainsi, au cours de l’Antiquité, sur le pourtour méditerranéen, on trouva de nombreuses cultures de chanvre. Pour les Romains, le chanvre était vraiment le nerf de la guerre et revêtait une importance stratégique.

Au Ier siècle, le célèbre médecin Grec : DIOSCORIDE, un des pères-fondateurs de la thérapeutique (ensemble de mesures appliquées par un professionnel de la santé (ou thérapeute) à une personne vis-à-vis d’une maladie, afin de l’aider à en guérir), connu pour ses descriptions botaniques, reconnu le pouvoir hallucinogène du cannabis tout en recommandant son usage pour soulager les « maux d’oreilles ».

Claude GALIEN, médecin Grec au chevet des Empereurs Romains, un siècle plus tard, au IIeme siècle, souligna les dangers de son abus. Selon GALIEN, « Les graines apportent une sensation de chaleur et si consommées en grandes quantités, affectent la tête en lui envoyant des vapeurs chaudes et toxiques ».

La marijuana apparaîtrait en Grande-Bretagne au début du Vème siècle après J.-C. avec la migration des Anglo-Saxons.

Les « Anglo-Saxons » sont des peuples germaniques (Jutes, Saxons, Angles) venus des côtes ouest de l’Europe continentale entre la Hollande actuelle et le sud du Danemark. Peuples germaniques arrivants avec leurs rituels aux origines Scythes.

Ces peuples germaniques envahissent le territoire Britons (invasions anglo-saxones) pour s’installer dans « l’île de Bretagne » suite à l’abandon des troupes romaines (autour de 410).
Ils repoussent ou se mêlent aux indigènes brittoniques sur un territoire qui plus tard sera appelé Angleterre.

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Le cannabis fût cultivé pour la première fois en Angleterre à Old Buckeham Mare en 400.

Au déclin de l’Empire romain (à partir de 476 après J.-C.), tout ce que l’on a appris sur le cannabis est relégué au second plan. Le cannabis dans l’Antiquité, le savoir de ses vertus, le savoir de ses bienfaits médicinaux et thérapeutiques sont mis en sommeil. Le Monde Occidental rentre dans la période du Moyen-Âge. Plus tard, les chrétiens diaboliseront le cannabis et lieront son usage aux rites sataniques. C’est avec la civilisation arabe et, plus loin de la France, indienne, que le cannabis continuera à être employé fréquemment.

Le cannabis du Moyen-Âge à la Renaissance

Le Moyen Âge est une période de l’histoire de l’Europe succédant à l’Antiquité et s’étendant du Ve siècle au XVe siècle.
La Renaissance est la période des grandes découvertes au XVe siècle, elle succède Moyen-Âge et marque sa fin.

Vers l’An 500, la marijuana, depuis le bastion indien, se répand et se déplace vers l’ouest par la Perse (actuel Iran), l’Assyrie (aujourd’hui Syrie, Irak) et l’Arabie. L’influence croissante de l’Islam va de pair avec l’essor de la marijuana qui se voit transformé sous une forme populaire comme le haschisch.

L’alcool interdit par les préceptes coraniques se voit remplacer par l’utilisation du cannabis dès le VIIeme siècle. Les sociétés musulmanes y voient le double avantage qu’outre l’effet récréatif, le cannabis est, surtout, riche de nombreuses vertus thérapeutiques.

La photo 3 est une illustration d’un plant de cannabis. Ceci est la plus ancienne représentation du cannabis connu en Europe. Elle date du 1er ou 2eme siècle après J.-C. et provient du « Manuscriptum Dioscorides Constantinopolitanus ».
Les mentions manuscrites arabes, à gauche et en haut, sont apparus plus tard, au fil des ans et de la transmission du livre de main en main.

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Photo 3. Le premier dessin botanique du cannabis apparaît dans « Constantinopolitanus ».

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Hasan-i Sabbâh promettait femmes et haschisch à ses « Assassins ». XIe siècle.

L’islam ayant alors une forte influence sur l’Afrique propage l’usage du cannabis au même rythme que son influence. D’autant plus que le chanvre permet de fabriquer du papier et ainsi, va permettre et faciliter la diffusion du Coran.

En France, Il faut attendre le IXe siècle et Charlemagne pour voir à nouveau relancée la culture de chanvre.
Dans les monastères, les moines copistes travaillent sur du papier de chanvre à la lumière de lampes à huile de chanvre.

Mais, à nouveau, les bienfaits connus ancestralement du cannabis vont être écartés. En plein Moyen Âge central (XIe – XIIIe siècle), l’Europe, plus globalement le monde occidental (pays héritiers de la civilisation gréco-romaine), et sa science médicale se perdent dans les méandres de l’obscurantisme.

Cela signifie que le monde occidental refuse de reconnaître pour VRAIES des choses démontrées au profit de la religion.
Des restrictions sont posées dans la diffusion de connaissances (vertus des plantes médicinales). dans la propagation de nouvelles théories.
C’est La période de « l’inquisition » chrétienne (XIIe – XIVe s.).

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En 1455, la première Bible imprimée par Gutenberg l’aurait été sur papier de chanvre. Il fallu entre 3 et 5 ans pour imprimer l’ensemble de 1286 pages qui compose l’ouvrage de 7 kg.
Aujourd’hui, 49 exemplaires de la Bible de Gutenberg sont recensées dans le Monde mais seules 21 sont complètes.

En 1484, le Pape Innocent VIII condamne l’usage du cannabis qui serait utilisé lors de célébration de messes sataniques ou de manifestations de sorcellerie.

La décision du pape Innocent VIII contraste avec l’esprit de renouvellement qui est en train de souffler en France et en Europe. En effet, à partir de la fin XVe / début XVIe siècle, c’est la Renaissance. Un courant de pensée venant d’Italie désignant un renouveau culturel des lettres et des Arts mais surtout de profondes mutations sociales, prémices de l’humanisme et de la conscience moderne.

Ainsi en 1484, le cannabis est officieusement réhabilité mais par la science ! Au sein du premier herbier illustré et imprimé : l’Herbarius pseudo-Apulée. On attribue l’oeuvre à Sextus Apuleius Barbarus, dit Peuso-Apulée où il décrit 131 plantes en précisant leur usage médical ainsi que la façon de les utiliser.

Cependant, c’est sur le plan géopolitique que le chanvre va connaître sa plus forte expansion et prendre une toute autre dimension. En effet, Christophe Colomb, en 1492, embarque avec 80 tonnes de voiles et de cordages de chanvre pour atteindre le Nouveau Monde. Avec l’ouverture vers de nouveaux échanges commerciaux, c’est le basculement vers une nouvelle époque de l’Histoire.

Le cannabis de l’époque moderne à la Révolution

L’époque moderne – ou les Temps modernes – inclus la période du début de la Renaissance (XVeme siècle) jusqu’à la Révolution Française (1789) ou la proclamation de la Première République (1792).

La (re)découverte du cannabis par l’Occident :

Les Espagnols et les Portugais cherchent à assoir leur suprématie sur les mers. La découverte de l’Amérique en 1492 accélère la construction de bateaux afin de répondre aux échanges commerciaux entre continents. La Marine est également sollicitée pour assurer la protection des navires marchands. Pour fabriquer les voiles, les cordes, les échelles, on utilise le chanvre à tel point que celui-ci devient rapidement un « matériau stratégique » créant même des tensions entre certains pays, au même titre que le pétrole aujourd’hui !

En 1545, suite à l’arrivée des premières caravelles, l’agriculture du chanvre commence au Chili (Amérique du Sud).

En 1563, devant les enjeux commerciaux et géopolitiques, la reine Elizabeth Ioblige les propriétaires terriens de 60 acres ou plus à cultiver du cannabis sous peine d’une amende de £ 5.

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Réplique de la Santa Maria.
Parmi les cadeaux que Christophe Colomb offre aux Indiens, on y trouve des graines et des vêtements de chanvre.

En 1564, le Roi Philippe d’Espagne lui emboîte le pas et ordonne de cultiver le chanvre dans son empire qui s’étend alors de l’Argentine à l’Orégon (aujourd’hui Etat des USA).

Ainsi pour chaque colonie établie, le lancement de la culture de chanvre se fait dans la foulée. La consommation de chanvre devient très importante d’un point de vue stratégique, plusieurs milliers de tonnes par an sortent des champs. Cependant, les propriétés récréatives mais surtout thérapeutiques de la plante demeurent cependant encore une curiosité.

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Le cannabis ruderalis fût nommé ainsi en 1924 par le botaniste russe Janischevsky.

L’encyclopédie des Lumières et « Cannabis Sativa »

Diderot et D’Alembert, philosophes des Lumières, publie en 1751, l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Celle-ci va décrire le cannabis comme procurant « vertiges, des éblouissements, en un mot une sorte d’ivresse ».

En 1753, Carl von Linné, botaniste Suédois va étiqueter la plante définitivement et lui donner sa dénomination latine ; on parlera désormais pour le chanvre textile de « Cannabis Sativa L.«  parce que le chanvre est une espèce du genre botanique Cannabis, qu’il est cultivé (en latin sativa) et le L. en hommage à Linné.

Pour le chanvre dit « récratif » ou « thérapeutique », on parlera de cannabis sativa.

En 1783, le naturaliste Jean-Baptiste Lamarck baptise le chanvre indien « cannabis indica » déclarant que le chanvre des Indes est différent du cannabis cultivé en Europe.

Fin de notre parenthèse botanique et retour sur l’Histoire du cannabis avec la libération des USA du joug Britannique en le 4 juillet 1776 avec la Déclaration d’indépendance rédigée sur du papier de chanvre.

Un illustre amateur américain et premières (re)découvertes thérapeutiques :

Les Etats-Unis, pour assurer leur indépendance, cultive le chanvre à marche forcée afin, de renforcer la jeune nation. George Washington, premier président des États-Unis d’Amérique, faisait ainsi cultiver le chanvre dans son domaine dans son domaine de Mount Vermont en Virginie. En 1794, d’après son journal, il donne l’instruction de faire pousser du chanvre indien partout à ses hommes. Du chanvre indien !

Enfin, le père de l’homéopathie, Samuel Hahnemann, écrit en 1797 que « si jusqu’à présent ce ne sont que les graines qui sont utilisées, il semble que d’autres parties de la plante soient encore plus efficaces et méritent également de gagner en considération« . On (re)découvre le cannabis pour ses vertus thérapeutiques.

Toutefois, avant le XIXe siècle, en Europe comme en Amérique, le chanvre indien n’était que toujours trop peu utilisé en médecine, et la plupart du temps, il soulevait un certain scepticisme.

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Washington dans ses champs de chanvre. En Virginie, faire pousser du chanvre était obligatoire. Sous peine de prison.

La (re)découverte des propriétés psychotropes du cannabis et de son utilisation thérapeutiques se fait à partir du XIXeme siècle. Les autochtones partageant avec les colonisateurs leurs us et coutumes, ces derniers rapportent les vertus récréatives médicinales du cannabis. En France, ceci fût vrai notamment le cas pour les soldats de Napoléon revenants d’Egypte.

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La Grande époque du cannabis : le XIXeme siècle

L’histoire n’a pas du plaire à Napoléon… À 1798, pendant l’invasion d’Égypte par les armées de Napoléon Bonaparte, l’alcool n’était pas disponible, le pays étant un pays musulman. Pour substituer l’alcool et se divertir, les soldats de Bonaparte essayèrent les boissons et autres produits dérivés locaux à base de cannabis. Le haschisch fût particulièrement apprécié par ces derniers

Aux yeux de Bonaparte et des généraux de l’armée française, les troupes napoléoniennes, victime de désoeuvrement, n’appréciaient que trop ces produits aux effets sur les locaux si ravageurs (un mélange d’opium, de haschich et d’hellébore aux vertus purgatives).

En octobre 1800, pour les préserver, Bonaparte interdit la consommation de boissons (liqueurs) ou de de fumer les sommités fleuris du chanvre. Les troupes françaises ignorèrent l’ordre en grande partie malgré les 3 mois de peine de prison encourus !

À la fin de l’occupation, en 1801, les soldats français rapportèrent des approvisionnements de haschisch au pays.

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L’Egypte… Une chaleur énorme… Un ravitaillement inexistant… Peu d’eau… Beaucoup sont attirés par les paradis artificiels.

Ce décret piqua cependant la curiosité des scientifiques ayant accompagné Bonaparte en Égypte où ils relatèrent le phénomène. Ainsi, plus tard, en 1837, Jacques Moreau de Tours, psychiatre, étudia le cannabis scientifiquement en l’ingérant et le testa pour traiter des patients atteints de maladies mentales.

Ce même psychiatre, ainsi que Louis Roche-Aubert, médecin, préconisant l’utilisation du cannabis ne tardèrent pas à organiser des soirées baptisées fantasias, vouées à sa consommation… C’est ainsi, que se retrouvent et se croisent l’intelligentsia de l’époque : le poète Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Honoré de Balzac et Eugène Delacroix.

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Photo 4.
Le kif à la française : Moreau de Tours et le club des Hachichins / Daumier 1845

De ces soirées mondaines, ils fondèrent club des Haschichins créé en 1844 et actif jusqu’en 1849, où tous venaient y déguster la fameuse confiture (dawamesc : une sorte de pâte ou gelée verdâtre à base de résine de cannabis mélangée à un corps gras : miel et pistaches. L’ingestion du haschich était à l’époque très courante) du docteur Joseph Moreau de Tours. Ce monde d’artistes et de scientifiques, se retrouvait dans l’appartement du peintre Fernand Boissard de Boisdenier à l’hôtel Pimodan sur l’île Saint-Louis de Paris (précis, hein ?).

Invitation de Boissard à Théophile Gautier, novembre 1845 :
« Mon cher Théophile, il se prend du haschisch chez moi lundi prochain sous les hospices de Moreau […] Veux-tu en être ? […] Tu prendras ta part d’un modeste repas et tu attendras l’hallucination […] Il se dépensera entre trois et cinq francs par tête. Répond moi oui ou non. »

Photo 4. Légende :
« Ah ! quel plaisir oriental je commence à éprouver… Il me semble que je trotte sur un chameau ! — Et moi… je crois recevoir une bastonnade !..”

Au moment, où les milieux littéraires sont passionnés de l’Orient et de ses mystères, le cannabis provoque un véritable effet de mode. « Les Paradis artificiels » de Charles Baudelaire, essai paru en 1860, où le poète, suite à ses expériences, traite de la relation entre les drogues et la création poétique est la résultante de cette période. Certains vont même jusqu’à adopter les modes de consommation traditionnel, une pipe à eau, également appelé «Mouga».

Côté anglais, en 1893, le gouvernement britannique, ordonne aux gouvernants coloniaux administrant l’Inde, une étude sur l’augmentation de la consommation du cannabis. L’étude y relate l’existence d’asiles indiens où atterrissent un grand nombre de malades souffrants de la « psychose du chanvre » ou de la « folie cannabidique ».
Il est alors établit un rapport entre cannabis et maladies mentales dans la mesure où un abus de drogue peut corrélativement créer des désordres psychiques graves.

Enfin, outre-atlantique, au Mexique, on utilise pour la première fois le mot «marijuana». Ce sont les paroles d’une chanson qui raconte l’histoire d’un des hommes de Pancho Villa qui recherchent sa réserve de « marijuana por fumar ». Nous sommes en 1895 et la marijuana devient le symbole de la révolution de Villa.

L’époque contemporaine : Prohibition & Peace

Au début XXeme siècle, la marijuana traverse la frontière mexicaine vers le sud des États-Unis. D’abord le Texas en 1903 puis la Nouvelle-Orléans vers 1910. Afin de tenter d’oublier leurs conditions de vie, la marijuana est consommée par les esclaves des plantations de coton. Elle y est connue sous le nom de «reefer», un mot d’argot pour désigner la marijuana.

À partir de 1910, une première vague de mesures prohibitionnistes s’abat sur le cannabis. En 1911, l’Afrique du Sud interdit le cannabis (appelé « Dagga »). En 1915, la Californie interdit le cannabis. En 1916, la France, comme la Grande-Bretagne, adoptera la prohibition pour toutes les drogues. En 1919, c’est le Texas.

Aux USA, le climat prohibionniste sur le cannabis monte crescendo jusqu’à une véritable chasse au sorcière teinté de racisme anti-noirs et de ségrégationnisme.

En 1930, Louis Armstrong, célèbre Jazzman afro-américain est arrêté pour possession de Marijuana à Los Angeles (Californie, USA). Un avertissement ?

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En quelques années, les chansons sur l’herbe font fureur et les clubs de musique fleurissent partout où la communauté noire immigrée s’est établie.

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Affiche de propagande :
Marijuana : herbe aux racines de l’enfer / Orgies bizarres / Fêtes sauvages / Passions déchaînées

Marijuana Tax Act – 1937

En 1931 est crée le Bureau Fédéral des Narcotiques (FBN) avec un certain Anslinger nommé à sa tête.
En 1937, après une campagne de manipulation, le Marijuana Tax Act initié par Anslinger, ses amis DuPont de Nemours (chimiste) et William Randolph Hearst (Magnat de la presse – Citizen Kane), instaurera une taxe prohibitive au chanvre sur l’ensemble territoire américain détruisant toute l’industrie.

Il semblerait que cet acharnement contre la marijuana soit le résultat d’une entente afin de préserver les intérêts de DuPont de Nemours et William Randolph Hearst.
En visant le chanvre indien par des problèmes de santé publique, ils ont réussi à anéantir la filière du chanvre textile nuisible aux intérêts du chimiste et du magnat de la presse.
Un pierre, deux coups.

War on drugs

Anslinger enfonce le clou. La marijuana serait utilisé par les communistes pour affaiblir la volonté américaine de combattre.

La délégation américaine à la Convention des Nations unies contre la drogue est dirigée par Anslinger
Il impose de nouvelles restrictions internationales afin d’éradiquer le cannabis de la surface du globe dans les 25 ans.

En 1971, Nixon déclare les drogues ennemies publiques numéro 1 de l’Amérique.
Un plan de 1 milliards de dollars est lancé par la Maison-Blanche.
Inquiétudes au niveau des dépenses : + 1000 % entre 1969 et 1973

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Pourtant dès 1972, devant l’étendue des dépenses, ces conseillers lui recommandèrent de décriniminaliser la possession et distribution de marijuana.
Réponse de Nixon : Niet !

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Deux styles, deux époques, deux générations, des différences sur le fond et pourtant, sur la forme, la même politique de répression de la marijuana.

Les années 80 de Reagan à 2000 de Clinton

La montée en flèche des taux d’incarcération fut la marque de la présidence Ronald Reagan. De 50.000 personnes incarcérés en 1980 pour infractions aux lois sur les drogues douces on est passé à plus de 400.000 en 1997.
A la fin des années 80 et au début des années 90, un mouvement cherchant une nouvelle approche a émergé : c’est la Drug Policy Foundation (Fondation pour la politique en matière de drogues depuis 2000 l’Alliance de la politique sur les drogues). Cette approche, c’est la fin de la prohibition des drogues.
Fin 2000, Bill Clinton, Président des USA déclara dans un interview au magazine Rolling Stone que « nous avons vraiment besoin d’un réexamen de toute notre politique sur l’emprisonnement » des personnes qui consomment de la drogue et déclara que la consommation de la marijuana « devrait être dépénalisée ».

La promesse du changement avec le nouveau millénaire

A partir du 20 janvier 2001, ce fût à George W. Bush d’occuper la Maison Blanche. La guerre des drogues était en train de s’essouffler mais plutôt que de faire table rase du passé et repartir sur de nouvelles bases, lui, a alloué plus d’argent que jamais.
Sous l’ère de George W. Bush, les américains ont été témoin de l’escalade rapide vers une militarisation pour une application des lois nationales sur les drogues. À la fin du mandat de Bush, il était recensé environ 40 000 raids de police d’élite paramilitaire aux États-Unis chaque année – principalement pour des infractions non violentes à la loi sur les drogues, souvent des petits délits. C’est à partir de ce moment là que l’opinion publique a changé d’avis et a décidé de tenter autre chose avec la présidence Obama en 2009.
Le 20 janvier 2009, Obama devient Président des Etats-Unis. Au cours d’un interview de campagne, il admet aux journalistes avoir consommé de l’herbe quand il était étudiant à des fins récréatives.
Etat montagneux de l’ouest, le Colorado aura été le premier à légaliser le marché du cannabis à usage récréatif en 2012 suivi par l’Oregon, l’Etat de Washington, l’Alaska, tous situés dans l’ouest du pays, ainsi que la capitale fédérale Washington.
Le mardi 8 novembre 2016, les électeurs de l’Etat de Californie (le plus peuplé des USA) ont eux aussi légalisé par référendum la marijuana à usage récréatif.

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Les experts ont prédit que les victoires de la feuille étoilée dans les Etats géants de Floride et Californie présagent d’une légalisation progressive de cette drogue douce dans le reste des USA.

Aujourd’hui, ce sont d’autres Etats qui suivent la voie de la Californie. D’autres pays suivent aussi cette voie comme le Canada ou l’Uruguay. En Europe, on assiste également à des changements.

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